… C’est une période de deuil où certains sont encore dans le déni, d’autres dans la colère, le marchandage, la tristesse ou l’acceptation.
Openfield apparaît alors comme un havre, un espace où penser le monde, le décrire, le rêver est encore possible. À l’aune d’un été plus qu’incertain, suivons les chemins tracés par les auteur-trice-s et artistes qui ont accepté de contribuer à ce nouveau numéro.
Il s’agit de parler de l’utopie, ce qui à l’heure actuelle, nous en convenons, est plutôt difficile. Peut-être est-il bien de commencer par l’article d’Eric et de Charlie Favre, qui, s’inquiétant des formes de dérives qu’ont pu produire les utopies, nous proposent une version plus ouverte de celle-ci, inspirée d’un monde en archipel, riche et diversifié. Une vision qui nous emmène vers le texte et les images de Sébastien Biset et Sébastien Lacomblez, pour un monde embocagé, un monde de relation, de nouvelles continuités. Un monde de transmission. Le végétal est peut-être le point commun à tous ces textes, il est le sujet de toutes nos inquiétudes et celui qui nous redonne de l’inspiration. Marin Baudin, s’appuie pour sa part sur la notion de la lisière, autre espace de toutes les interactions, pour parler de ces temps que nous vivons, où des citoyens et citoyennes s’engagent bien plus fort que les politiques publiques, qui sont elles toujours en retard quand elles ne vont pas à l’encontre du bien-être collectif.
D’autres articles suivent, qui sont à l’image peut-être de notre état psychique, oscillation permanente entre bouffées d’espoir et désespérance, entre optimisme et fatalisme. Il y a des jours où nous sommes confiants, à l’image peut-être de Luc Schuiten qui nous fait en image et en texte le portrait d’un monde rural en mutation, un monde devenu désirable. Des jours où nous sommes sombres et alors la dystopie l’emporte à l’image de cet autre monde proposé, que décrit Rémi Janin, un monde qui nous attends si on ne fait rien. Mais peut-être que non, peut-être qu’une forme de résistance est possible, alors suivons le narrateur du Temps des graines (texte de Guillaume Portero, les images d’Antonin Renard), qui, sur les traces d’un certain Elzeard Bouffier, parcourt la France à vélo, récolte et sème à tout va. Des jours où la mélancolie nous gagne, nous suivrons le chemin des roses dans le jardin d’Eleonore Cruse raconté par Julie Amadea Pluriel.
Il ne s’agit pas que de visions, il s’agit aussi d’actions, car pour voir advenir le monde que nous souhaitons, il faut s’engager tous les jours. Comme Lucie D’Heygère agricultrice bio, qui nous raconte un parcours mélangé de convictions et de renoncements, mais surtout de persévérance. S’engager pour une autre école, comme celle dont nous cherchons les traces avec Mathilde Szydywar-Callies dans le paysage de Majorque. Voyager avec le collectif Amer à pied, en train, au hasard, et ouvrir les yeux sur nos paysages si peu lointains. Être Arthur Chiron, un artiste à vélo et remettre en question le grand rêve américain (texte de Morgane Jourdren), être Charlotte Cuny, peindre ses paysages et/ou ses rêves avec sa propre tempera.
Marin Baudin, Armande Jammes pour Openfield
