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Planter

Alors que l’été tarde à se faire sentir, avec bonheur pour certains — trop heureux de voir à nouveau la pluie — et un peu de lassitude pour les autres, nous vous proposons un numéro PLANTER ! Puisque l’arbre et le végétal semblent être une de nos meilleures armes contre le changement climatique, nous avons souhaité vous présenter quelques belles expériences, quelques belles réflexions, quelques belles idées.

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Et peut-être d’abord ouvrir notre numéro avec ce travail de Sébastien Goelzer et l’association Vergers Urbains autour de la plantation de rue, ou comment se réapproprier l’espace public, le rendre non seulement à nouveau commun mais possiblement fertile. À ce travail en milieu parisien vient faire écho la réflexion menée par Rémy Tesseydre depuis le plateau de l’Aubrac autour de ce motif à priori mal aimé : la bande boisée. Celle, d’un vert sombre de conifères, qui vient marquer de manière brutale un paysage ouvert, pelé, venté. Sauvage. Ces épicéas méritent-ils pour autant d’être sacrifiés ? Car le monde végétal, et, par extension, le paysage n’est et ne fut jamais quelque chose de figé. Il est sans doute vain et ridicule de vouloir à tout prix le maintenir, en faire un décor immuable. Le travail de recherche mené au sein de la Villa Thuret, par Robin Ardito et ses collègues, est ainsi fait d’expériences, d’échanges de plantes, d’acclimatations. Car dans les années qui viennent c’est de cela qu’il sera question. Comment le végétal, et comment nous-mêmes et tout le monde animal allons nous nous adapter à la situation ? Il faut que cela soit avec intelligence. Arrêtons, s’il vous plaît, de siphonner tout ce que nous pouvons. Et plantons. Mettons les vieux enrobés en pièces et semons, ainsi que l’a fait Wagon Landscaping dans le si beau Jardin des joyeux et regardons comment un lieu stérile devient une débauche de fleurs, d’insectes et de papillons. Agriculteurs, arrêtons d’arracher les haies, laissons-les grandir, pousser, prendre de l’espace. Car les services qu’elles nous rendent ne laissent pas de place à l’hésitation. Il suffit, pour le comprendre de regarder un peu en arrière. C’est ce que fait Marin Baudin, à travers une étude menée par le CAUE de la Creuse sur le maillage bocager, revenant sur l’histoire qui permit la formation de ce paysage, il pose la question de son devenir. De la même manière, Marine Schmerber nous propose d’écouter les membres de sa propre famille pour comprendre ce que fut leur rapport à la haie. On émonde, on taille, on prélève. On coupe. On laisse pousser. Mais toujours le végétal est un allié. Pour l’ombrage, le fourrage, pour le petit bois de chauffage, il serait absurde de vouloir s’en passer.
Et il y a le plaisir de regarder un arbre pousser. Année après année, comme ces agriculteurs agroforestiers dont les voix se posent sur les paysages en construction que Mathilde Rue a filmé. On écoute. On regarde. Le vent qui passe dans ces tout jeunes arbres.  
Le dernier article est dédié aux jardiniers, ceux de banlieue que Jean-Alfredo Albert observe et dessine avec un mélange d’étonnement et d’amitié. Ces jardins sont le lieu d’expérimentations végétales plus ou moins hasardeuses, menées avec le plus grand sérieux. Car on entretient parfois son jardin comme on fait le ménage, serions-nous trop méticuleux ?

Le numéro s’accompagne en parallèle des deux nouveaux épisodes de nos séries amorcés au printemps : Miguel Rebelo nous emmène du côté de Bordeaux avec son troupeau tandis qu’Alexis Pernet nous propose une plongée dans les carnets d’un paysagiste confiné.

Nous profitons enfin de ce numéro 17 pour vous annoncer avec enthousiasme la publication de notre troisième ouvrage, Seven Sisters ou les villes jumelles. Un récit textuel et photographique, entre Europe et Amérique où la narratrice va de déambulation en souvenirs. Où des villes immenses se mélangent à des villages, où l’on cherche partout, dans le paysage, les traces de leurs histoires entremêlées. Brighton, New Brighton. Lisbonne, New Lisbon. Berlin, New Berlin. Paris, New Paris. Carlisle, New Carlisle. York, New York. La Rochelle, New Rochelle.

En vous souhaitant de bonnes lectures et un bel été !

Armande Jammes pour Openfield

 

Pour référencer cet article :

Openfield, Planter, Openfield numéro 17, Juillet 2021