Openfield n°5 : Edito

Géopolitique

Pour ce cinquième numéro d’Openfield nous avons souhaité explorer la façon dont les paysages pouvaient être marqués, se modifier, se faire le témoin d’une situation politique particulière, actuelle ou passée.
L’envie de cette thématique est venue à la lecture de l’article Ici et maintenant publié par l’historienne Malika Rahal suite à l’assassinat d’Hervé Gourdel à l’automne 2014. L’auteur raconte comment une forêt, un parc naturel, lieu de promenade et de sortie familiale est devenu à certains moments de l’histoire algérienne, le terrain d’action du conflit et de la violence, se refermant ainsi et à nouveau à toute fréquentation par la population locale.
Pour ouvrir ce numéro nous avons donc proposé à Malika Rahal de publier à nouveau ce récit.

Le paysage sans cesse se fait la marque de l’évolution politique des sociétés, il est des endroits où les traces de ces moments peu à peu s’effacent et qu’il faut savoir encore lire à l’heure de leur progressive disparition. Ainsi Baptiste Cogitore, journaliste, raconte trois moments de son voyage à travers l’Europe que l’on dit de l’Est, trois endroits ainsi façonnés par l’histoire européenne et que la lente dégradation fait progressivement glisser dans l’oubli.
Mélia Reiff propose de son côté une analyse et une réflexion sur la zone tampon à Chypre, cet espace intermédiaire entre la Grèce et la Turquie qui traverse l’île entière et la capitale Nicosie. De cet espace laissé vacant, devenu peu à peu un refuge pour la biodiversité, pourrait naître un projet riche et commun à l’heure d’une possible réunification.

Viennent ensuite deux récits. Celui de Jean-Baptiste Lestra sur les wadis à Haïfa en Israël, ces vallons, plis du territoire dans la ville, où vivent encore des communautés arabes et de réfugiés. C’est par le biais de trois films d’Amos Gitai qui a filmé ces lieux pendant 20 ans que l’auteur retrace l’histoire de ces wadis, “oubliettes du territoires”.
Hugo Receveur raconte une expérience récente à Berlin : 24 h de dessin pour lui et 24 h d’écriture pour les 7 auteurs embarqués dans le Ring Bahn, le métro aérien qui fait le tour de la ville, réaffirmant ainsi à longueur de journée le cercle de la réunification.

Retour en France et sur la façon dont les politiques actuelles continuent d’influencer les paysages et les usages que nous en avons. Claude Janin fait le point sur les rapports qu’entretiennent la production de viande et la forme de nos paysages, à un moment où le débat sur l’alimentation prend une place essentielle dans la société.
Anaïs Jeunehomme raconte avec humeur et humour comment l’espace public perd peu à peu justement de sa vocation publique sous le coup des normes et des angoisses absurdes de la société.

Enfin et pour fermer ce numéro, nous avons souhaité présenter le travail de l’artiste Valérie du Chéné, qui dans le cadre d’une commande publique à Beaumont propose par la peinture de souligner les morceaux d’un paysage souterrain, les roches basaltiques issues du chantier, qui sous le nuancier de l’artiste s’habillent de vert buisson, de brun Labours et de bleu Tongting.

 Bonne lecture,

Revue Openfield

 

 

 

 

 

 

 

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