







Collage digital à partir de peinture ©Charlotte Cuny
Depuis plus de 10 ans, je peins mes souvenirs à partir de mes photos. C’est pour moi l’occasion d’explorer ce que je garde en moi sans m’en rendre compte. Je fais une première sélection de photos dans mes archives puis en parcourant à nouveau cette sélection dans mon atelier : une photo me saisit et je désire la peindre.Un paysage se déploie : figuratif, que l’on peut identifier à partir d’éléments concrets de l’image d’origine ; et plus abstrait, exprimant mes émotions, sensations, perceptions grâce aux traces et aux couleurs.
Chaque peinture est un nouveau défi dans lequel de nouvelles questions de peintre sont explorées de manière intuitive : comment exprimer quoi ? Mes recherches portent sur les formats, compositions, couleurs, rythmes, matérialités… Comme des paysages intérieurs qui évoluent au fil de ma pratique et de mes émotions.
La peinture est pour moi le langage le plus complet car elle est au croisement de plusieurs dimensions :
– plusieurs temporalités : du passé au présent de peindre vers le futur où l’on regarde mon œuvre
– au carrefour du visible et de l’invisible
– entre la présence et l’absence
Depuis trois ans environ, je travaille à la tempera : une peinture faite à partir de jaune d’œuf avec lequel je mélange les pigments naturels. J’aime ses couleurs sourdes, ses transparences et le sentiment de peindre avec la nature. Récemment, j’ai appris à fabriquer des pigments à partir de minéraux et plantes, je vais ainsi pouvoir peindre un paysage avec ses propres éléments voire même faire une comparaison géographique de territoires en décelant une couleur dominante par lieu, lors de résidences par exemple afin d’étudier l’impact de l’environnement sur ma peinture.
Par contraste, j’intègre une dimension digitale à certaines peintures afin d’interroger la relation de plus en plus prégnante que l’on entretient au virtuel. Est-ce que je peux transposer mon univers physique à digital ? Que se passe-t-il si je combine des éléments de peinture physique avec de la peinture digitale ?
Au fil du temps, mes paysages relèvent de plus en plus d’une dimension rêvée («Le rêve est le rituel par lequel l’homme et la terre renouvellent leur engagement mutuel 1») :
– En mélangeant différents souvenirs grâce à des collages qui apportent une dimension surréelle.
– Grâce à une palette de couleurs qui réapparait. Souvent, je choisis mes couleurs de manière intuitive. J’ai aussi étudié l’harmonie des couleurs, leurs dissonances, leurs associations et leurs effets. Au fil du temps, une palette « acidulée » est apparue, a disparu et est revenue dans mes peintures – que j’ai vraiment conscientisé il y a 2 ans.
– Avec des « petits nuages émotionnels », des zones colorées, contrastées, relevant purement de ressentis, comme des ponctuations.
1 La tyrannie de la réalité, Mona Chollet







































