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Un monde désirable

Selon un avis largement partagé, notre avenir est apocalyptique. En quête d’un antidote, et pour contrebalancer ces dystopies préjudiciables, j’ai pris le parti d’imaginer des futurs souhaitables.
Grâce à mon métier d’architecte, j’ai tout d’abord dessiné des bâtiments destinés à voir le jour dans un temps proche, puis, conscient que toute réalisation commence par un plan, un dessin, j’ai cherché à concevoir, pour un futur lointain, un monde désirable et biomimétique, un avenir très différent de celui qui s’annonce. Extraits.

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Ce texte est extrait de l’ouvrage Un monde désirable, publié aux éditions Racines en 2025. Openfield a proposé à l’auteur de publier ici un extrait du chapitre 6 dans le cadre de son numéro Utopie.

Dans mes livres précédents, « Archiborescence » et « Vers une cité végétale », j’avais émis l’hypothèse d’un futur écologique des villes, pour les deux siècles prochains, sans étendre ma réflexion aux territoires des campagnes. J’avais consciemment laissé de côté la plus vaste partie de notre environnement habité aux profits des cités, car je supposais leurs métamorphoses temporelles bien plus représentatives de notre adaptation à un mode vie écologique. En cherchant à compléter ma vision du futur de notre planète par les campagnes, je me suis bien vite rendu compte qu’il n’en était rien ; les bouleversements à attendre d’un changement de paradigme seraient d’un même ordre de grandeur que celui envisagé pour les cités.
Pour rendre compte de l’évolution progressive des métamorphoses du paysage, j’ai planté mon chevalet à cent mètres de haut, sur une portion de campagne des plus diversifiée, pour la représentée aujourd’hui, puis en 2050, en 2100, et enfin en 2200.
Voir le monde à travers le temps ne peut se faire sans ouvrir la porte à de multiples questionnements, par tous ceux qui seront amené à côtoyer ces paysages, pour observer les mutations possibles de notre société, étape par étape. Ils sont alors en mesure de reconstituer le cheminement, et de percevoir dans le monde d’aujourd’hui, les signes avant-coureurs de ce qui vont devenir des opportunités pour notre futur.

LE RURAL EN DEVENIR

2025, l’inconscience

Aucun des nombreux avertissements lancés depuis la première conférence mondiale sur le climat, au centre international de conférence de Genève en 1979, n’a réussi à mobiliser la planète face à l’imminence des dangers liés aux changements climatiques. Les innombrables avertissements des scientifiques du GIEC ont chaque fois abouti à des réactions sans commune mesure avec les décisions à prendre. Rien n’a semblé pouvoir nous arrêter dans notre course folle à la recherche du profit personnel et au pillage de la planète réduite à un statut de bien de consommation. Pourtant, tous les voyants étaient passés au rouge depuis longtemps. La fin annoncée des énergies fossiles, la perte de la biodiversité, l’accumulation de nos déchets et la pollution de l’air, de la terre et de l’eau n’ont pas suffi à changer drastiquement nos comportements ; pas même la prise de conscience de l’avancée de la date du dépassement, indiquant le moment dans l’année où notre empreinte écologique dépasse la biocapacité de la planète. Dans notre inconscience, nous n’avons pas réalisé que notre endettement aurait une limite et qu’un jour, il faudrait déposer le bilan. Notre objectif à atteindre est resté obstinément fixé sur une croissance infinie, dans un monde aux ressources finies.

Sans plus attendre les décisions politiques adaptées à l’urgence de la situation, de nombreux activistes clairvoyants ont décidé de chercher, tous azimuts, des solutions soutenables en s’inspirant du vivant. Les résultats de ces travaux font en permanence l’objet de publications, partageant ainsi, à travers le monde, les expériences, les analyses critiques et les propositions d’amélioration. Le but étant de constituer une banque de données la plus large possible, disponible à tout un chacun. La perspective d’une planète revenue à un point d’équilibre écologique ne peut s’envisager dans l’hypothèse d’une croissance exponentielle.
Quels sont les signes qui peuvent maintenant nous faire croire qu’un avenir optimiste reste du domaine du possible ? Tout changement de comportement repose sur la résultante des forces en présence : d’une part, la perception par tout un chacun de la dégradation climatique et environnementale, ainsi que la force de conviction d’une jeunesse bien informée et déterminée, et d’autre part, les enjeux financiers de la société de consommation, la passivité d’une grande majorité des pouvoirs publiques et plus globalement la résistance au changement. S’impose maintenant à nous le constat que le bilan de cette confrontation est en perpétuelle progression en faveur des forces du changement, sans pour autant avoir encore atteint le point de basculement vers un autre paradigme. La grande question, restée en suspens, est : cela arrivera-t ’il avant ou après l’effondrement de notre société de consommation ?

Année 2025 © Luc Schuiten

 

En haut à gauche.

Sur les bords du canal, s’élève une centrale nucléaire dans un vaste périmètre protégé par une haute et robuste clôture métallique. À son côté, on trouve une zone industrielle, desservie par l’autoroute et le canal.  Au loin, le ciel est déchiré par les réacteurs d’un avion marquant son empreinte dans l’azur. Sur le haut plateau, quelques lotissements de petites maisons de campagne ont poussé de manière éparse entre les terres agricoles, sur des terrains aux pelouses bien tondues parsemées de fleurs ornementales.

En haut à droite.

Des lignes à haute tension balafrent le paysage. S’étendent, à perte de vue, des champs de monoculture, surexploités et gorgés de pesticides dans l’espoir de conserver le rendement d’une terre de plus en plus stérile. Laissées trop longtemps nues, ces terres privées de leurs haies et de leurs bocages se dessèchent, ravinées par les pluies et vents.

En bas à gauche.

Un zoning commercial déploie ses façades multicolores pour mieux séduire un public en quête de nouveaux biens de consommation. Avec ses trois bandes de circulation dans chaque sens, l’autoroute déverse son charroi de véhicules bruyants et polluants sans discontinuer. En parallèle, une voie régionale donne accès aux terrains agricoles.

En bas à droite.

Le petit village rural a perdu bon nombre de ses habitants ; l’épicerie et le café ont fermé. A l’église, il n’y a plus de messe dominicale, faute de paroissiens et de curé. Le ravitaillement est assuré par un camion épicerie. Les quelques maisons restées vides sont régulièrement dépouillées de leurs matériaux encore utilisables.

 2050, le temps de la résilience

Les collapsologues avaient raison : l’effondrement de la civilisation industrielle était inéluctable. Le séisme fut d’ampleur. Par un effet boule de neige, la planète finance a été réduite à néant en peu de temps, provoquant l’arrêt d’un grand nombre de chaînes de production, du commerce international, et par voie de conséquence, du transport. Dans un chaos total, les villes furent les premières à subir le choc de plein fouet, avec pour conséquence, une chute de la population citadine en exode vers les campagnes. C’est aussi au moment paroxystique de crise que l’on a vu apparaître de belles actions de solidarité, d’entraide et de partage. Un regain de créativité a touché l’ensemble de la population et a permis l’émergence d’une multitude d’initiatives porteuses de solutions, de changements, d’espoir. Avec le recul de ce qui allait advenir dans les années suivantes, le cataclysme fut un mal nécessaire, voire même indispensable au changement radical de paradigme.
L’avènement d’une nouvelle ère ne pouvait s’accomplir que dans les douleurs de l’accouchement. Si notre regard sur les souffrances de l’accouchement s’étend jusqu’à l’émerveillement de son prodigieux résultat, celles-ci deviennent souhaitables. L’économie étant à l’arrêt, sans ressources et énergie fossile, on ne pouvait plus compter sur l’Ancien Monde pour se tirer d’affaire. Celui-ci, à bout de souffle, par manque d’anticipation, avait programmé sa propre obsolescence.
Alors, seulement contraints et forcés, nous avons été prêts à nous tourner vers ce qui fonctionnait encore et qui avait fait ses preuves : les circuits alternatifs de proximité, les petites exploitations agricoles, la permaculture, l’agroforesterie, les ressourceries, l’entraide, les écoquartiers disposant de jardins potagers, les énergies renouvelables, les repairs cafés, … C’est à partir des savoir-faire et savoirs-être fondamentaux de ces pionniers que vont essaimer, un peu partout, de nouvelles petites communautés tirant principalement leurs ressources de la générosité du vivant, lui seul, renouvelable à foison, pour qui sait en profiter à bon escient. Alors notre nouveau mentor est devenu le biomimétisme, grâce à sa faculté à nous enseigner un savoir-faire indéfiniment renouvelable.

Année 2050 © Luc Schuiten

 

En haut à gauche.

L’ancienne centrale nucléaire a été recyclée en une unité de production de biométhane. Celle-ci est alimentée par les déchets agricoles des environs, ainsi que par six grands bassins de production d’algues. Les tours de refroidissement, couronnées par de grands ballons, servent de digesteurs au biogaz avant leur purification et compression. Le biométhane, l’hydrogène, ainsi que l’énergie électrique de provenance bioclimatique sont devenus les principales sources d’énergie disponibles pour pourvoir à nos besoins.

En haut à droite.

La partie de ce territoire dévolu à la chasse et à la pêche a vite perdu la quasi-totalité de sa faune exploitable, pour ne laisser subsister que les petits vertébrés les plus résistants à la pollution et à la pression humaine.  Par bonheur, la réserve naturelle a pu être sauvegardée grâce à l’efficacité d’un groupement de militants écologistes, conscients de l’importance de préserver la biodiversité. Ces sentinelles du vivant ont élu domicile dans les arbres, construit des plateformes, monté des tentes et installé des abris pour les activités collectives. Avec le titre autoproclamé de « gardiens de la biodiversité pour la sauvegarde de la planète », leur détermination sans faille a permis de réparer et de faire prospérer un grand nombre d’écosystèmes endommagés.  Les champs de monoculture, jadis exploités à grand renfort d’engins mécaniques, aujourd’hui inutilisables, ont été morcelés en plus petits lots de prairies, vergers et maraîchages cernés par des haies sauvages.

En bas à gauche.

L’ancien terrain de camping s’est peuplé de petites constructions légères aux matériaux de construction, en provenance, toute proche, de nombreux sites industriels désaffectés et laissés accessibles aux besoins de la population. Autour de ces constructions créatives s’organisent de petits potagers et vergers en autogestion locale. Une autre partie des champs, abandonnée par manque de moyens mécaniques, revient progressivement à l’état presque sauvage. Ils sont ensemencés régulièrement par une nouvelle génération de jardiniers et apiculteurs en quête d’un complément alimentaire totalement gratuit.

En bas à droite.

Le petit village campagnard a triplé sa population en moins d’une décennie suite à l’arrivée d’anciens citadins de toute provenance. Les premiers arrivants ont trouvé leur place dans les quelques maisons désaffectées depuis belle lurette. Les secondes résidences sont devenues rapidement des résidences principales. Les terrains pour mobil-homes, caravanes et tiny house se sont répandus en périphérie du village. Au centre, de nouvelles constructions et la réhabilitation de maisons existantes ont changé l’aspect du village.  L’utilisation exclusive d’énergies renouvelables et de techniques de construction durable est devenue la norme.

2100, un nouveau paradigme

Mis au pied du mur, par les conséquences de nos erreurs, nous avons maintenant érigé en dogme le principe de « cradle to cradle », ou « du berceau au berceau », méthode de production qui exige le respect de l’environnement, depuis la fabrication du produit, jusqu’à son recyclage.  En réduisant la production industrielle à ses fonctions les plus indispensables, nous avons pu nous permettre de continuer à profiter de ses avantages. Son mode fonctionnement a fondamentalement changé pour répondre aux normes très strictes de zéro pollution et 100% recyclage.  Ces obligations ont eu pour conséquence, la fin de presque toutes extractions des minerais, partout dans le monde. Ramenée à sa portion congrue, la production industrielle avait bien assez avec les matériaux déjà extraits, mis à sa disposition dans les différents centres de recyclages. Pour ses besoins en énergie et hautes températures, l’industrie a implanté des centrales à fours solaires sur de nombreuses toitures. Dépendant principalement de la météo, ces unités de production ont dû adapter leur planning aux périodes d’ensoleillement, sans que cela ne pose problème, le rythme de vie de la société ayant lui aussi évolué vers un ralentissement, pour le plus grand bien de notre santé mentale.

Chaque petit ensemble d’habitations, de production ou de loisir a l’obligation de pourvoir à son autonomie énergétique afin d’assurer son indépendance et sa résilience. Contrairement à nos centrales d’énergie, les systèmes résilients ne sont jamais dépendants d’une seule ressource. C’est par l’interconnexion de toutes les surfaces de captation d’énergie solaire mises en réseaux que la résilience est la plus efficace. Quand une des parties est défaillante, le réseau prend le relai, le temps de la réparation. Pour la construction des bâtiments, tant d’habitations que d’utilité publique, le béton, très polluant et non recyclable, a été totalement proscrit. Il a été avantageusement remplacé par de la terre crue renforcée par divers bio-adjuvants, ainsi que des fibres végétales tissées et du mycélium de champignon.  

Année 2100 © Luc Schuiten

 

En haut à gauche.

Petites usines, manufactures et hangars de stockage aux toitures couvertes de capteurs solaires s’étalent au pied d’une colline, tandis que des éoliennes sont implantées sur les hauteurs.   Les berges de la rivière ont été nettoyées et toutes les constructions ont été supprimées pour laisser courir un chemin de randonnée dans un vaste couloir naturel. Cet environnement, doté d’une foisonnante biodiversité, a largement contribué à la dépollution de la rivière. Différents engins volants, type dirigeable et ULM, se déplacent silencieusement dans l’espace aérien. Ces énormes engins volants, gonflés à l’hélium, sont mus par des hélices à propulsion électrique, alimentées par des capteurs solaires couvrant toutes leurs parties dorsales.

En haut à droite.

Cette vaste zone semi-naturelle ressemble à un patchwork de terrains rassemblés autour de différentes finalités : exploitation forestière durable, chasse et pêche soutenables, écotourisme, camping, réserve naturelle et pâturage. La richesse de son biotope et des structures d’accueil la rende très attractive pour une population à la recherche d’immersion dans des environnements naturels.

En bas à gauche.

De l’ancien zoning commercial, en partie détruit, on a conservé les quelques bâtiments les moins mal construits. Ils sont désormais utilisés pour le recyclage de matériaux de démolition, ils servent de stocks de réemplois et d’ateliers de réparation et reconditionnement. C’est là aussi que l’on trouve les entrepôts de troc et les donneries. L’ancienne autoroute est devenue une voie de circulation pour les convois de véhicules modulaires prenant leur courant dans un rail électrique implanté au milieu de la chaussée ou en autonomie complète grâce à l’énergie solaire allié à la force musculaire.  Les convois se forment régulièrement, en fonction des entrées et sorties de route, à une vitesse constante de 80 km/h. Ce dispositif, hautement performant, permet aussi de grandes économies d’énergie.  Chaque module possède des petites batteries seulement nécessaires pour parcourir les quelques kilomètres de petites routes menant aux habitations ou autres destinations locales. En contrebas de la route se développent un écoquartier et un groupement de maisons communautaires auto-construites dans une ancienne ZAD. Les pouvoirs publics, depuis longtemps dépassés par le nombre de ces actions libertaires, n’ont eu d’autre choix que de laisser faire, comme ce fut le cas pour les favélas au Brésil ou les cités hippies aux États-Unis.

En bas à droite.

Le petit village agricole continue son évolution vers de nouveaux espaces collectifs et de loisirs. Cette embellie est due au succès de ses productions agricoles vendues sur les marchés locaux jusque dans la ville la plus proche.

2200, le diallassoscène

En 2200, le changement de paradigme c’est avéré si fondamental qu’il a été nécessaire d’inventer un nouveau terme pour désigner le passage à une nouvelle ère : le diallassocène. Le terme diallasson peut se traduire en grec par “réconciliation, changer l’esprit, remettre en accord, en harmonie”. Cette utopie se construit sur l’hypothèse de notre progression vers un nouvel âge géologique. Celui-ci est amené à prendre la suite de l’anthropocène, âge géologique caractérisé par l’époque où les activités humaines ont un impact global significatif sur l’écosystème terrestre. Ce nouvel âge est celui de la réconciliation entre tous les membres de notre immense famille : celle du vivant. De plus en plus conscient du rôle essentiel de la biodiversité pour son avenir, l’être humain s’est attelé à rétablir partout sur la planète les écosystèmes endommagés. Il met à profit toute sa science pour réintroduire dans leur milieu naturel restauré, les espèces en voie de disparition. Ce vaste plan planétaire est rendu possible par l’abandon de tous polluants, de la surexploitation des terres cultivables et de pâturage, ainsi que par une régulation drastique de l’extraction des richesses fossiles. D’autres facteurs ont été déterminants pour la mise en place de cet ambitieux programme, telles qu’une progressive diminution de la démographie et la mise en place d’une organisation mondiale de gestion des ressources de Gaïa, reconnues et adoptées par l’ensemble des états. Les effets bénéfiques de ce programme commencent déjà à se faire sentir sur les changements climatiques.

Année 2200 © Luc Schuiten

 

En haut à gauche.

Un grand nombre d’éoliennes à axe vertical est planté sur la crête du plateau, tandis que dans la pente s’étalent les capteurs solaires, orientés face au sud à plus d’un mètre du sol au-dessus des cultures agricoles d’ombre. Le relief particulier de cet environnement permet d’accroître considérablement le rendement de l’installation de captation de l’énergie. En contrebas, des ateliers d’artisanat et des manufactures sont reliés à la voie d’eau par des canaux servant aux transports de marchandises. Un peu plus bas, un terrain d’atterrissage jouxte quelques hangars pour les ornithoplanes à ailes battantes et raies manta volantes.

En haut, à droite.

 Cette vaste portion de territoire est devenue une réserve naturelle protégée et interdite à toute présence humaine, à l’exception de quelques rares chercheurs, botanistes ou zoologistes. Leur rôle consiste à observer l’évolution des écosystèmes et, très accessoirement, à aider au retour à un équilibre par des actions ciblées. Ce territoire est composé de forêts riches en biodiversité ; de clairières, de tourbières et d’étangs. Ce sanctuaire de la nature est le résultat d’un plan mondial de développement mettant en communication quasiment toutes les réserves naturelles du monde. Pour ce faire, de larges corridors verts ont dû être créés. Des écoducs et autres aménagements de transition pour la mouvance des écosystèmes ont servi à rétablir en partie les connexions existant avant l’anthropocène.

En bas, à gauche.

L’ancienne autoroute, adaptée maintenant à la mobilité douce, se déroule en plusieurs bandes de circulation pour les différentes vitesses. Le pont sur le canal a dû être rehaussé pour permettre le passage des voiliers. La tour de contrôle, par son emplacement aux croisements des moyens de communications multimodaux, gère l’ensemble des déplacements en fonction des variations de la météo.  En bordure de route se développe un petit village constitué de constructions alternatives et expérimentales ainsi que des habitarbres, exemptés des règles d’urbanisme habituelles. Un accord de la majorité des riverains est nécessaire pour construire, transformer ou démolir. Les réunions de concertation des habitants se déroulent sous un arbre à palabres en présence d’un délégué de Gaïa pour représenter les intérêts de la planète, comme le propose le philosophe Michel Serre1.

En bas, à droite

Dans la continuité de l’exode urbain, le village rural s’est agrandi avec l’arrivée d’anciens citadins reconvertis à des versions grandement améliorées des anciennes pratiques de l’agroforesterie et de la permaculture. Un temps de travail apaisé par de nouvelles méthodes de culture a permis de laisser du temps libre pour les loisirs et la pêche dans la rivière redevenue poissonneuse.

 

Note / Bibliographie :

1 Michel Serres; Le temps des crises, Le Pommier – Collection : Manifestes – 2009

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Pour référencer cet article :

Luc Schuiten, Un monde désirable, Openfield numéro 26, Juillet 2026