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Revoir

Capturer ce lieu d’enfance et d’adolescence, s’éloignant de moi à mesure que les années passent. Revoir ce lieu familier pour lequel j’éprouve un sentiment étrange, qui tiendrait tout autant de l’affection que de la détestation, qui s’apparentait peut-être au syndrome de Stockholm.

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Marcher sur les routes autrefois dévolues au parcours en voiture, retrouver les raccourcis qu’ado on avait inventé, qui n’étaient pas tant des chemins plus courts qu’une manière de ne pas suivre ceux déjà tracés, de s’emparer du territoire, de résister aux consignes. Avec un regard distancié, refaire le dimanche, la promenade que les parents imposaient, détestée par principe, qu’on faisait en rechignant tout le long, marchant deux mètres derrière en trainant les pieds.

Arpenter ce paysage originel, intéressant en cela qu’il oscille entre ville et campagne, tout à la fois pittoresque et insipide, qu’il est une de ces zones périurbaines mal définies comme il en existe tant, qui se sont multipliées ces 30 dernières années, souvent caractérisées par le terme banlieue ou périphérie.

Photographier ces lieux standardisés : lotissements, ronds-points, champs, supermarchés et tenter de saisir leur singularité. Par l’image, offrir un cadre à ces lieux indéfinis, une existence propre. En révéler une certaine esthétique.

Il était important pour moi d’interroger cet endroit, qui en évoque d’autres, sur lequel je porte un regard aussi tendre qu’accablant, de rendre compte de la complexité de ce lieu, de son silence aussi morne que paisible, que j’étais pressée de quitter mais qui ne me quitte pas, comme surement tout paysage d’enfance.

 

 

Pour référencer cet article :

Anne Collongues, Revoir, Openfield numéro 10, Décembre 2017